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Réponse d'Olivier Poisson aux derniers arguments d'Anne Vuillemard et de Didier Rykner


  
Quelques mots en réponse à Anne Vuillemard et Didier Rykner m’apparaissent nécessaires.
   D’abord, sur les intentions et la portée de ce débat : il est légitime qu’il ait lieu, mais sur des bases sereines, sans amalgame ni procès d’intention. Je n’ai jamais été courroucé, mais j’ai réagi comme tout professionnel le ferait en voyant son métier accusé publiquement de façon péremptoire et qui plus est, fausse, au moins sur la forme, comme je l’ai expliqué. Didier Rykner se défend d’ailleurs d’attaquer le Service des MH dans son ensemble, mais il utilise aussitôt, parlant des architectes en chef le vocabulaire des affaires louches et des pots-de-vin : tous les architectes du monde sont payés par honoraires, mais on ne dirait jamais de Jean Nouvel qu’il « touche un pourcentage » sur le musée du Quai Branly ! (j’ajoute que, assurant une mission de service public, les architectes des MH ont leurs honoraires fixés par décret, ce qui n’est sûrement pas le cas de leurs confrères du privé…). Quant aux « travaux qu’ils décident eux-mêmes », c’est bien entendu faux, encore une fois, administrativement et pratiquement, et je croyais l’avoir déjà expliqué dans ma première réponse. Alors, je veux bien qu’il y ait débat, mais à condition de ne pas instruire à l’aide d’une mythologie approximative un faux procès à l’encontre d’une administration que l’on ne connaît pas.

   Sur le fond, qui est plus intéressant, je voudrais dire, mais brièvement car je voudrais laisser la parole à d’autres, que les spécialistes, c’est à dire les chercheurs pointus sur un édifice, ou une période, ou un type caractéristique sont loin d’être ignorés par les MH, je peux témoigner personnellement de concours sollicités, nombreux, d’études monographiques, de points documentaires ou archéologiques, d’analyses aprofondies, ou autres, qui leur sont demandés (et rétribués), inclus dans les études préalables ou parallèlement à elles; évidemment il s’agit d’une pratique qui n’est pas institutionnelle, et qui dépend des besoins réels, des financements disponibles et aussi de la disponibilité des dits spécialistes, car la recherche universitaire a aussi ses calendriers, et ils ne concordent pas toujours avec celui des opérations projetées. On peut toujours regretter que, dans tel ou tel cas, le spécialiste n’ait pu intervenir – je ne connais pas le cas de l’Alsace - mais on ne peut pas, aujourd’hui, parler d’une étanchéité entre le monde des chercheurs et celui du patrimoine: ce serait, là encore, une contre-vérité.

Olivier Poisson
( mis en ligne le 26 octobre 2005)

Réponse de Didier Rykner

   Je récuse l'interprétation d'Olivier Poisson de ma phrase : « Le vrai problème à mon sens est la toute puissance de certains architectes en chef des monuments historiques, qui touchent un pourcentage sur des travaux qu'ils décident eux-mêmes, et qui savent très bien imposer leurs idées. » Je crains qu'il ne me fasse là ce qu'il ne souhaite pas, c'est à dire un procès d'intention. Je reconnais cependant que le terme « qu'ils décident eux-même » est, stricto sensu, abusif. Ils ne décident pas seuls. Ils sont simplement très fortement prescripteurs.
   Selon le site de la Documentation Française vie-publique.fr, un rapport public de la Cour des Comptes disait en 2001 : « Quelque cinquante architectes en chef des monuments historiques (ACMH) ont le monopole de l'étude des restaurations à entreprendre et de la maîtrise d'œuvre de leur réalisation. Bien que fonctionnaires, ils sont rémunérés quasi-exclusivement par des honoraires, calculés à des taux leur assurant une rémunération moyenne de 13,1%, assise sur le coût de ces travaux, qu'ils proposent eux-mêmes d'effectuer ». Je dois avouer que je ne connaissais pas ce rapport quand j'ai écrit cette phrase. La Cour des Comptes semble dire sensiblement la même chose que moi. Ce système n'est pas « louche » ni malhonnête, il me semble simplement mauvais, car on ne peut être à la fois juge et partie.

   Si le statut des ACMH est certainement à revoir, ce n'est cependant pas, à mon avis, le thème principal du débat et je suis d'accord avec Olivier Poisson pour recentrer celui-ci sur le fonds. Nul doute que d'autres intervenants pourront nous apporter leur témoignage.

Didier Rykner
( mis en ligne le 26 octobre 2005)


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Pour faciliter la lecture de l'ensemble du débat, celui-ci est mis en ligne ici (sur une seule page, par ordre chronologique des interventions)