Portraits d'enfants de Carolus-Duran
Les portraits d'enfants dans les Salons parisiens
par Dominique Lobstein, chargé d'études documentaires au musée d'Orsay
A toutes les mères.
A ma mère, Gilberte
Rousselin-Lobstein (1926-2002)
Le portrait, et il s’agira toujours dans
cette étude de la reproduction des traits d’un personnage dont on connaît le
patronyme ou l’ascendance, même si l’on ne sait rien de ce que fut sa vie,
a toujours été présent, et de plus en plus massivement, dans les expositions
officielles depuis leur création au dix-septième siècle. Tout en chantant
haut et fort la gloire du modèle, cette importante production1,
à l’époque où n’existait aucun marché de l’art, était destinée à
afficher la compétence de son auteur, et à lui attirer d’autres commandes.
Ainsi, dans le premier livret2,
édité à l’occasion du Salon de 1673 auquel ne participaient que les
artistes liés à l’Académie fondée par Louis XIV, trouve-t-on les inévitables
effigies royales (« De M. Testelin, Secrétaire, deux Portraits ;
l’un du Roy, et l’autre de la Reine »), et près d’un tiers de
portraits qui font défiler le souvenir des membres de la Cour (« De M.
Lefèvre, Conseiller, dix portraits ;… Le second de Monsieur de Seignelay
fils de Monsieur Colbert ; Le troisième de M. le Comte du Lude Grand maître
de l’Artillerie ; Le quatre de Madame la Duchesse d’Aumont ; Le
cinq de M. de Thorigny… ») , mais aussi les portraits des représentants
du monde des arts avec la mention de tableaux représentant des peintres et des
sculpteurs (« Le Portrait de Mademoiselle Cheron par elle-même »,
premier autoportrait au Salon), ou encore des écrivains et des comédiens
(toujours de Lefèvre : « le sept un petit ovale où est le portrait
du sieur Poisson comédien ; … Le neuf, le Portrait du sieur La Fleur comédien »).
Mais dans tout ce défilé de personnalités contemporaines, aucun enfant
n’apparaît si ce n’est dans l’envoi du peintre Lemaire, qui parmi sept
tableaux principalement consacrés à des notoriétés ecclésiastiques, présentait
les traits d’un enfant anonyme. C’est donc par la volonté de conserver le
souvenir de ses descendants, illustration de l’amour qu’on leur porte3,
que se mettra rapidement en place la création du portrait d’enfant, seul ou
en groupe.
Une longue histoire
Le premier exemple repérable, qui ne soit pas
anonyme, se trouve dans le second livret publié à l’occasion du Salon de
1699 puisqu’on y lit : « Tableaux de M. Coypel père. Savoir :
Son Portrait et sa Famille en un même tableau », ce qui permettrait de
penser que le tableau de famille avec enfants serait d’abord l’initiative
d’un artiste, reprise ensuite par certains de ses confrères et adoptée par
des commanditaires sans lien avec le monde de l’art, s’il n’était
possible de lire un peu plus loin : « Tableaux de M. Boulogne l’aîné…
Un grand Portrait de Madame la Duchesse d’Aumont, avec la fille de Madame la
Duchesse d’Humières ». Seule conclusion des investigations dans ces
deux premiers livrets de Salon : l’enfant est rarement représenté
individuellement, mais comme ultime chaînon d’une succession de générations
présente à ses côtés. Nous ne sommes alors pas très loin de la
multitude des tableaux religieux peints depuis le Moyen Âge, où les donateurs
tenaient à faire figurer à leurs côtés les descendants qui continueraient
d’assurer la dévotion aux saints protecteurs auprès desquels ils se
recommandaient. Désacralisant le portrait de groupe, la peinture de la fin du
dix-septième siècle n’en conservait pas moins l’idée de lignée. Celle-ci
ne se maintint cependant pas longtemps, et les premiers portraits individuels
d’enfants nommément désignés4
ne tardèrent pas à apparaître : c’était « deux Portraits des
enfants de M. Delestre, ancien Secrétaire du Conseil, par M. de Lyen, Académicien »,
mentionnés dans le livret du Salon de 1737. Nous ne savons plus rien
aujourd’hui de cette (peut-être ces) toile, mais nous devons noter que la
filiation s’y exprimait sans la présence des parents, que probablement y
primaient déjà l’amour du Secrétaire du Conseil pour ses enfants et un goût
affiché pour la peinture.
D’expositions en expositions, la présence de portraits alla
grandissante et, parmi eux, ceux des enfants se multiplièrent. Comme pour les
portraits d’adultes, deux cas se présentaient : le portrait officiel et
le portrait intime. Dans le premier, nous découvrons un homme ou une femme en
miniature, entouré de tous les symboles qui marquent son rang ou ses origines.
Ainsi, par exemple, à défaut de citer le Louis
XV (Versailles, Musée National du Château) de Hyacinthe Rigaud jamais
exposé au Salon, - qui représente un enfant de six ans assis sur le trône de
France en grande tenue d’apparat -, peut-on parler de la toile de Jean-Marc
Nattier représentant Louis-Jospeh-Xavier
de France, duc de Bourgogne (Versailles, Musée National du Château) peint
en 1754 et présenté au Salon de 1755, qui, du fait de son jeune âge, porte
encore une robe de velours bleu garni de martre, mais arbore les ordres de la
Toison d’Or et du Saint-Esprit, dans un environnement de palais à colonnes et
loggia. Le second cas, solution partagée tant par l’aristocratie que par la
bourgeoisie suffisamment riche pour faire reproduire le portrait de ses enfants,
présente un caractère plus intime, déclinant les jeux et les rires du monde
de l’enfance. Parmi les nombreux exemples conservés, il est possible de
citer, sur le versant aristocratique : Monseigneur
le Dauphin et Madame, Fille du Roi, tenant un nid d’oiseaux dans un jardin5
(Versailles, Musée National du Château) de Elisabeth-Louise
Vigée-Lebrun, présenté
au Salon de 1785 sous le numéro 26, et sur le versant bourgeois : Mlle
Brognard, fille de M. Brognard, Architecte du Roi6
(Londres, National Gallery) du même auteur, exposée au Salon de 1789 sous le
numéro 83.
Une dernière remarque encore concernant les expositions de l’Ancien
Régime, qui restera valable tout au long du dix-neuvième siècle :
l’apparition du portrait d’enfant (ou regroupant plusieurs enfants), ne fit
cependant pas disparaître les évocations familiales. A l’occasion de leurs
rendez-vous avec les Salons, les visiteurs ont ainsi pu continuer d’admirer
des groupes réunissant une mère et ses enfants7
(L’Epouse de M. Rousseau, Architecte du
Roi avec sa fille, par Elisabeth-Louise Vigée-Lebrun, présenté au Salon
de 1789 sous le numéro 81, Paris, Musée du Louvre), et, beaucoup moins souvent
le père, la mère et un ou plusieurs rejetons. Dans quelques cas exceptionnels,
un autre membre de la famille a parfois pu
apparaître, grand-parent, oncle ou tante, cousin ou cousine, mais aussi,
ponctuellement, membre extérieur à la famille, jeune serviteur ou nourrice. Un
des sommets de ces évocations familiales fut atteint par le peintre Pierre
Nicolas Sicot Legrand de Lerand au Salon de 1796, où, sous le numéro 277, il
exposa le Portrait du commissaire général
du canton de Berne : tableau de famille (Vente, Paris, Hôtel Drouot,
25 mars 1987) qui juxtapose les portraits de trois générations et de neuf
personnes en pied.
La Révolution, puis l’abolition des privilèges, mirent à mal
l’organisation du Salon qui s’ouvrit bientôt à tous les artistes désireux
de tenter leur chance devant un jury. La concurrence allait désormais s’avérer
de plus en plus sévère pour gagner les bonnes grâces des commanditaires. Pour
se faire acheter par l’Etat, il fallut désormais s'adapter à
l’iconographie implicitement imposée par les régimes qui allaient se succéder8.
Pour séduire le public disposé à payer, il allait falloir lui offrir ce qui
le flattait, soit à travers le décor de son intérieur, paysages et scènes de
genre, soit à travers l’image qu’il souhaitait offrir de sa personne et de
sa situation, grâce aux portraits.
… toujours d'actualité.
Depuis fort longtemps, utilisant les remarques
acerbes des critiques qui parlaient d'un envahissement du Salon par les
portraits, on a pris l'habitude de dire que leur nombre crut de manière
impressionnante tout au long du dix-neuvième siècle. A partir des mentions
nominatives des portraiturés ou de l’initiale de leur nom, il est ainsi
possible de donner quelques chiffres qui permettent de préciser ce phénomène :
ceux-ci sont au nombre de 41 sur 370 peintures et œuvres graphiques
inscrites au livret de 1801, puisque nous ne tenons pas compte des 73
ouvrages9
dans la description desquels apparaît le terme « portrait » sans
autre indication, ni des 10 tableaux dits « de famille », tous
anonymes. Parmi les 3150 peintures, dessins et œuvres graphiques, miniatures et
peintures sur émail et verre répertoriées lors de la manifestation qui se
tient du 30 décembre 1850 au 31 mars 1851, on peut compter 740 portraits
accompagnés d’au moins l’initiale du nom. Ce chiffre peut se décompter en
373 portraits masculins, dont 3 accompagnés d’un enfant, 229 féminins, dont
de nombreux représentant aussi un ou plusieurs enfants et 138 de demoiselles.
Ce chiffre ne tient pas compte des 41 cadres de miniatures ou d’aquarelles,
qui peuvent réunir chacun jusqu’à une douzaine de sujets et de modèles
identifiés ou non10.
Ces décomptes, qui pourraient être affinés par une investigation
plus large, permettent cependant d’affirmer que le nombre de portraits
augmenta régulièrement sur les cimaises du Salon, devenu Salon de la Société
des Artistes français en 1881, mais aussi en pourcentage jusqu'au milieu du siècle,
avant de connaître une certaine désaffection et de décroître en nombre et en
pourcentage, puisqu’aux 11 % de 1801, succédèrent près de 25 % en 1850-1851
et moins de 15 % en 1899, lorsqu'il n'est possible de repérer que 293
portraits parmi les 2033 numéros répertoriés11.
Une comparaison des résultats de cette dernière année, avec ceux des deux
Sociétés d’artistes ayant leur propres Salons, la Société des Artistes indépendants,
fondée en 188412,
et la Société Nationale des Beaux-Arts, créée en 189013,
permet d’affirmer que si les portraits furent nombreux dans la seconde, ils
furent quasiment absents de la première. La Société Nationale des Beaux-Arts,
malgré sa rupture avec la Société des Artistes français restait très liée
à la tradition, et apparemment tout autant qu'elle puisque plus de dix pour
cent des envois étaient des portraits. Il faut cependant signaler que les
commanditaires de portrait, à cette manifestation sécessionniste que fut la
Société Nationale des beaux-Arts, n'étaient pas des personnalités
insignifiantes, puisqu’on croise au fil de la lecture du livret des reines,
des aristocrates, des financiers et des actrices. Une raison possible à cette
particularité est le fait qu’il s’agissait d’une manifestation neuve
(elle n’existait que depuis 1890) et qu’on la croyait à la pointe de la
modernité, - surtout durant la période 1898-1905 où elle fut dirigée par
Carolus-Duran, portraitiste à l'exceptionnelle renommée14
-, donc susceptible de rénover aussi le genre du portrait. Les titres ne révèlent
avec certitude que six portraits d’enfants, dont un seul n’est pas anonyme.
Le Catalogue illustré de la
manifestation n’étant d’aucun secours,
il s’avère difficile de parler des portraits d’enfant, mais tout laisse
supposer vu le nombre total qu’ils y furent assez nombreux.
Cette même Société Nationale des Beaux-Arts qui dissimulait dans
ses listes, les portraits d'enfants, réalisa vers 1908-1910, une série
d'expositions thématiques dans le palais du Domaine de Bagatelle, ayant pour thème
les portraits. Du 14 mai au 15 juin 1910, elle organisa une présentation
intitulée Les Enfants. Leurs portraits.
Leurs jouets. Panorama protéiforme de l'enfance couvrant plus de deux siècles,
en 321 numéros, cette exposition, où le livret portait les mentions des propriétaires
et de l'histoire des œuvres, présentait très peu d'œuvres passées par les
cimaises des Salons, mais les quelques reproductions dispersées dans le
catalogue prouvent que les mêmes compositions prévalaient sans doute dans une
production courante certainement abondante, mais qui reste à redécouvrir15.
Pour qui, Pourquoi
S’il est facile de remarquer, dans les
longues énumérations reproduites dans les livrets de chaque Salon, quelques
artistes spécialisés dans le genre du portrait (Marcel Baschet ou
Carolus-Duran, par exemple), aucun ne peut être repéré qui se consacrerait
uniquement à ceux d’enfants. De même, parmi les peintres qui abordent des thèmes
variés, y compris le portrait, aucun n’ajoute à ses compétences en peinture
d’histoire, de paysage, de scène de genre ou de nature morte, celle du
portrait d’enfant. Celui-ci n’est qu’un produit circonstanciel dans la
carrière d’un artiste. Personne ne songea jamais à bâtir sa carrière sur
ce type de production. Même s’il est possible de repérer chez un artiste
comme Louis Henri Deschamps (habitué du Salon de 1872 à 1889, puis du Salon de
la Société Nationale des Beaux-Arts de 1890 à 1902, année de son décès),
les traits répétés chaque année d’un modèle enfantin pour décliner avec
complaisance la misère contemporaine, cette enfant ne sera jamais pourvu d’un
nom, et ne sortira jamais d’une symbolique généraliste et non personnalisée,
dont un des fleurons réside dans les variations sur La
Prière ; l’exemplaire du Musée Antoine Lécuyer de Saint-Quentin en
est probablement la version du Salon de la Nationale des Beaux-Arts de 189016.
Nous disposons de très peu d’éléments pour savoir quelle était
la part, - hormis les mentions explicites comptabilisées précédemment -, des
portraits d’enfants dans les chiffres globaux de production : les rares
illustrations diffusées autour des années 1850 les oublient presque complètement,
le Catalogue illustré du Salon,
publication officielle de la manifestation qui commence à paraître à partir
de 1879, n’en donne que quelques rares exemples. Il nous faut donc nous
interroger sur la rareté de leur reproduction. Deux axes peuvent fournir des éléments
de réponse : la volonté de l’artiste et celle des parents.
Alors que dans la plupart des cas, reconnaître un mystérieux M.
X… ou une Mme Y… sur les murs du Salon était un jeu d’enfant pour les
contemporains, les peintres tenaient à ce relatif anonymat de leurs modèles,
revendiquant à travers leurs peintures le statut de créateur plus que celui de
simple copiste chargé de reproduire sur la toile un sujet. Les portraits
qu’ils présentaient, affichaient la maîtrise conquise de leur technique, et
se chargeaient ainsi de leur trouver d’autres modèles. Ce type de création
ne pouvait donc être le lieu d’inventions formelles ou esthétiques jusqu’à
ce que, nous le verrons, les toiles de Manet, puis des impressionnistes,
commencent à bouleverser la tradition bien établie du portrait. Mais si cette
production s’avérait lucrative, elle n’était pas la plus glorieuse.
Peindre des sujets d’histoire, des toiles d’inspiration littéraire, ou même
des paysages et des scènes de genre, était plus flatteur et plus valorisant,
puisque leur élaboration mettait en avant la faculté d’invention de
l’artiste plus que sa faculté d’imitation : le portrait n’était pas
un tableau ! Quant à diffuser par la gravure, puis par la photographie,
une de leurs œuvres, bien des artistes choisirent autre chose que le portrait,
à moins qu’il soit celui d’une personnalité importante et perde son sens
premier de reproduction d’un modèle pour devenir un morceau d’actualité.
Les empereurs, les rois, les reines, les présidents et les ministres tout comme
les actrices du Théâtre Français, voyaient leur nom figurer en entier au
livret, et leurs traits gravés et diffusés. Plus que des individus destinés
à disparaître, ils étaient des symboles installés d’une manière qui
semblait éternelle, au livre de l’Histoire. Un enfant ne remplissait aucune
de ces fonctions valorisantes : il ne pouvait être, dans un futur proche,
un commanditaire, et il n’avait, à moins d’être fils de roi ou héritier
d’un empire, aucun rôle qui favorisa la diffusion de ses traits.
Le financement d’un portrait en limitait l’acquisition à une
frange enrichie de la population qui avait ses artistes de prédilection :
anciens élèves de l’Ecole des Beaux-Arts et médaillés du Salon, tenants
d’un classicisme en cours de sclérose. Cet état de fait justifie la
quasi-absence de portraits, et particulièrement de ceux d’enfants nommément
désignés, par les peintres réalistes puis naturalistes17.
Leurs modèles, hors les membres de leur famille et leurs plus proches amis,
pris dans les campagnes ou au bord de la mer, ne pouvaient financer un portrait.
Dès lors, l' image qu'ils offraient, destinée à un acheteur étranger qui ne
portait aucun intérêt à l’identité de la personne représentée, devenait
une sorte d’archétype assimilable à une scène de genre, qui n’avait plus
besoin d’être affublé d’un nom, et, tout au plus, se voyait parfois pourvu
d’un prénom, ainsi la jeune Rosina
(Capri) d’Edouard Sain, dont le visage est reproduit dans le Catalogue illustré du salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de
1897, page 83. Il est à regretter qu’aucun enfant n’ait été choisi
par le peintre Alfred Roll, pour une de ses toiles naturalistes telles que Marianne
Offrey, crieuse de verts (1884, Pau, Musée des Beaux-Arts) ou Manda
Lamétrie, fermière (1894, Paris, Musée d’Orsay) qui élevaient
l’humble modèle qui n'était pas le commanditaire de son effigie peinte, au
rang de personnage historique, bouleversant totalement la hiérarchie des genres
et les fondements du rôle du portrait.
Les portraits présentés aux Salons, lorsqu’ils avaient été
acceptés par leurs commanditaires, étaient destinés à trôner dans les pièces
de réception, remplissant leur rôle d’image de « représentation »,
arrêtant le temps sur un moment choisi, ce que la littérature du dix-neuvième
siècle nous révèle tout à loisir. Il semble que les portraits de groupe, réunissant
parent(s) et enfant(s) aient eu le même rôle, et peut-être retrouvons-nous là
l’idée de lignée précédemment évoquée qui avait plané sur les époques
où garder ses enfants en vie était incertain. Par contre, il s’avérait
impossible, dans les mêmes salles d’apparat, d’installer les portraits
d’enfants seuls, dont les traits étaient appelés à changer rapidement ;
il fallait les confiner à d’autres pièces, plus intimes, les tenir au secret
comme un moment d’élection dans leur développement, et en tant que tel,
comme un souvenir. Inutile donc de diffuser par la gravure, - et là artistes et
commanditaires se trouvaient d’accord -, des traits dont il ne serait plus
possible de voir le modèle : mieux
valait dès lors faire reproduire des visages d’invention qui offraient un
caractère tout à la fois intemporel et éternel, ce qui fit par exemple le
succès des multiples évocations enfantines du peintre Charles
Chaplin, qui
n’hésita pas à emprunter largement au répertoire qu’avait créé
Jean-Baptiste Siméon Chardin.
Une iconographie figée
Toutes ces considérations nous ont tenu longtemps éloigné des œuvres elles-mêmes, nous habituant seulement à l’idée que nous ne disposerions pas d’un corpus démesuré pour parler des portraits d’enfants dans les Salons du dix-neuvième siècle. Celui-ci existe néanmoins, et les photographies qui figurent dans ces pages, extraites des Catalogues illustrés du Salon des années 1882 et 1883, illustreront les quelques conclusions auxquelles nous sommes parvenus, conclusions qui, dans la plupart des cas, pourraient s’appliquer aux photographies d’enfants contemporaines. En effet, la fin du dix-neuvième siècle n’ayant point voulu révolutionner la tradition, la photographie prit la peinture et ses recettes de composition comme modèle. Les enfants représentés le sont, dans la majorité des cas18, en pied19, en tenue contemporaine20, costume de ville mais aussi tenue d’écuyer, tout autant qu’en costume de fantaisie. Ils se trouvent entourés d’éléments symboliques de l’enfance, jouets ou fleurs aux couleurs tendres, et parfois, surtout si le modèle est une petite fille, un petit animal. A la position frontale, la plus courante, celle qui permet tout un jeu sur les verticales de la composition qui grandissent le héros en herbe, se substituent dans de nombreux cas bien d’autres possibilités, le visage restant cependant tourné vers le spectateur, les yeux largement ouverts pour apostropher le regard qui fait face. Ainsi, dans le tableau de Marcel Baschet, Portrait de Geneviève, reproduit dans le Catalogue illustré du Salon de la Société des Artistes français de 1898, à la page 257, l’enfant, présentée de trois-quarts mais le visage de face, assise sur un fauteuil miniature en osier, une tasse dans les mains, apparaît entre une ombrelle miniature et un petit chien, devant une table sur laquelle est servie une collation.
Dans quelques cas, la composition peut se révéler plus inventive. J’en prendrai pour exemple le portrait de Louise Vernet, âgée de seize ans21 (Paris, Musée du Louvre, ill. 3), peinte vers 1830 par son père Horace Vernet22, qui ne figura jamais sur les cimaises du Salon, bien qu’elle en fut hautement digne. La jeune fille, représentée plus qu’à mi-corps, les épaules légèrement tournées mais le visage de face, s’enlève sur un paysage d’arbres et de constructions, vue partielle de la Villa Médicis, à Rome. Installant exceptionnellement sa fille en plein air, le peintre faisait implicitement référence aux portraits italiens de la Renaissance et à tout un ensemble d’œuvres peintes durant la génération néoclassique, ou par Ingres, lors de son directorat à l’Académie de France à Rome, (par exemple Mademoiselle Rivière (Paris, Musée du Louvre, ill. 4), présentée au Salon de 1806, avec celui de sa mère, sous un unique numéro, le 273). Mais cette prestigieuse généalogie esthétique disparut pratiquement complètement chez les habitués du Salon dans le dernier quart du dix-neuvième siècle : impossible de donner une image de représentation hormis dans un intérieur dont même un simple rideau de velours, - et bien plus souvent quelques meubles et objets d’art -, indique l’aisance bourgeoise.
|
3. Horace Vernet |
3. Jean Auguste Dominique
Ingres |
Les enfants qui n’ont pas encore l’âge de se tenir debout figurent sur les genoux de leur mère, pratiquement toujours en compagnie d’un frère ou d’une sœur, accoudé au siège maternel, l’air empli de la responsabilité d’aîné. Pour représenter une fratrie, les peintres ont, la plupart du temps, mis sur un pied d’égalité chacun des enfants, en adoptant une composition en frise, où, les uns à côté des autres, ils se présentent de face devant le spectateur. Cette même disposition apparaît souvent lorsque sont présents parents et enfants, la formule la plus simple installant les père et mère assis aux deux extrémités de la toile avec, entre eux, leurs rejetons. Là encore, une série de gestes précis et de regards obligatoires, lient les différents personnages, renforçant l’idée de cellule familiale intimement unie. Exception notable à cette répartition, le Portrait de famille, présenté par Edgar Degas au Salon de 1867, connu aujourd’hui sous le nom de Portrait de la famille Bellelli, qui alterne adultes et enfants en deux groupes distincts, celui de droite étant lié par le regard, celui de gauche par le geste de la mère (la tante de Degas) posant sa main sur l’épaule de sa fille, Giovanna Bellelli.
Lorsque le motif réunit une mère, toujours assise, et ses
enfants, les peintres adoptent couramment un format en hauteur et une
composition triangulaire ou pyramidale, telle que les avait multipliées Ingres
dans ses dessins, imitant les schémas utilisés par les artistes de la
Renaissance italienne, tel Raphaël dans ses Vierges
à l'enfant, où les modèles sont dirigés face au spectateur et, souvent,
le regardent, qui s’enlèvent sur un décor relativement dépouillé, de
rideaux ou d’architecture. Un exemplaire des plus caractéristiques est présent
dans cette exposition avec le portrait de Marie-Anne
Feydeau et ses enfants (Paris, Musée d’Orsay, déposé à la préfecture
de Cahors), numéro 241 du Salon de 1897, volontairement décentré vers la
droite, en opposition au grand rideau qui s’incurve à partir de l’angle supérieur
gauche, créant un mouvement dynamique. Un même procédé structurel apparaît
dans une toile exceptionnelle puisque réunissant un père et ses enfants dans
un schéma utilisé habituellement pour une femme et sa descendance, réunion du
peintre norvégien Fritz Thaulow et de ses enfants, dans un paysage, par
Jacques-Emile Blanche, présenté au Salon de la Société Nationale des
Beaux-Arts de 1896, sous le numéro 145. Un autre exemple, illustration
inhabituelle (et envahissante ?) de la tendresse maternelle, basé sur la même
figure géométrique, mais installée bien au centre de la toile apparaît au
Salon de la Société des Artistes français de 1883, dans un tableau de Pierre
Paul Léon Glaize, Portraits,
reproduit au Catalogue illustré, page
91, où le petit garçon debout entre les jambes de sa mère assise, disparaît
presque intégralement dans le giron maternel.
… prête à bouger
Dans tous les cas, un répertoire de gestes et de regards est à la disposition du peintre pour rendre solidaires les différentes individualités de cette réunion fortuite. Mais la tradition ne pouvait se maintenir indéfiniment, et, par exemple, le Portrait de Madame Charpentier et de ses enfants, Georgette et Paul (New York, Metropolitan Museum of Art), fit éclater cette tradition. Présentée au Salon de 1879 sous le numéro 2527, la toile longue de près de deux mètres, et haute de un mètre cinquante, représente indépendamment chacun des trois protagonistes, devant un décor de paravent japonais, les regards seuls se chargeant d’établir les relations qu’ils entretiennent : la petite fille, proche du bord gauche, regardant sa mère, son frère (qui n’a que quatre ans et porte encore une robe de fillette), au centre, la regardant, et la mère enfin, au centre de la composition, le regard dirigé hors champ, peut-être vers son époux dont la présence symbolique s’introduit ainsi. Aux trois personnages disposés au long d’une diagonale qui traverse le tableau depuis l’angle inférieur gauche, succède une somptueuse nature morte, vase de fleurs, coupe de fruits et argenterie sur une légère desserte de bambous.
Réintégrant le Salon après l’expérience des premières
expositions impressionnistes, Renoir affichait ainsi ses liens avec la
bourgeoisie cultivée que représentait la famille de l’éditeur Charpentier.
Les critiques élogieuses qui accueillirent ses portraits des différents
membres de la famille lui valurent des commandes de la part d’autres notables.
Ainsi, au Salon de 1881, présentait-il sous les numéros 1986 et 1987, des
traits anonymes sous le titre identique Portrait
de Mlle*** ; mais personne n’était dupe, et tout le monde se
souvient encore qu’il s’agissait des portraits des filles du banquier Louis
Raphaël, comte Cahen d’Anvers. Dans l’un, une fille, Irène (Zurich,
Fondation Bührle), à mi-corps et de profil ; dans l’autre, deux, Alice
et Elisabeth (Sao Paulo, Museu de Arte de Sao Paulo), l’une en bleu, l’autre
en rose. Les deux enfants en pied, qui se tiennent par la main, immobiles
l’une de face et l’autre légèrement de profil, dans un intérieur cossu,
relèveraient de la grande tradition du portrait d’enfant si Renoir n’avait
substitué à un « faire » lisse et appliqué, une technique
allusive et papillottante dérivée de ses expériences impressionnistes.
Admirant cette toile sur les murs du Palais des Champs-Elysées23
en 1881, le critique Henry Havard écrivit : « Décidément M. Renoir
s’assagit24 ».
Malgré ce certificat quelque peu usurpé de bon académisme, les toiles furent
reçues assez froidement par leur commanditaire, payées avec bien des difficultés,
avant d’être rapidement exilées vers l’étage des domestiques, tandis que
les portraits des membres de la famille par Bonnat (Louis
Cahen d’Anvers, 1901, Champs-sur-Marne, Château de Champs) ou par
Carolus-Duran (Louise Cahen d’Anvers, s.d., Champs-sur-Marne, Château de Champs)
trônaient dans les pièces de réception de la résidence des Cahen d’Anvers,
rue de Bassano, dans ce huitième arrondissement parisien qui se couvrait alors
d’hôtels particuliers.
En marge du Salon officiel, à deux reprises au dix-neuvième siècle,
en 1863 et en 1873, un Salon des Refusés fut autorisé par le gouvernement, et
c’est encore une œuvre de Renoir, refusée par le jury officiel et exposée
au second, qu’il faut évoquer. Sous le titre de Allée cavalière au Bois de Boulogne (Hambourg, Kunsthalle), Renoir
exposait en fait le portrait de Madame Darras et du jeune Joseph Le Cœur, fils
de l’architecte Charles Le Coeur, âgé de treize ans, lors d’une promenade
à cheval dans cet imposant coin de nature et de sociabilité, aux portes de
Paris, qu’avait aménagé l’Empire. S’agissant de véritables portraits,
de personnalités connues de tous (Henriette Darras était l’épouse du
capitaine Paul Edouard Alfred Darras, peintre-topographe dont les aquarelles
figuraient au Salon de 1873), le jury dut être déjà indisposé par le titre
qui déplaçait le sujet d’un tableau de figures vers celui de paysage. Mais
bien que Barbara White25
considère ce tableau comme la « dernière œuvre réaliste académique »
de Renoir, bien des aspects concoururent à ce refus tenant à la composition,
à la couleur ou à la touche, et à l’aspect non conventionnel du jeune garçon,
homme miniature, le visage de profil, coiffé d’un chapeau en équilibre
instable. Les mêmes critiques, pour des raisons identiques, accueilleront
l’année suivante, mais au Salon officiel cette fois-ci Le Chemin de fer (Washington, National Gallery of Art) d’Edouard
Manet, présenté sous le numéro 1260, où l’on reconnaît dans les traits du
personnage féminin ceux d’un modèle habituel du peintre, Victorine Meurent,
tandis que l’enfant de dos, à ses côtés, reste anonyme. Malgré l’absence
de visage, cette petite fille dans un cadre moderne et urbain, qui, spontanément,
s’accroche à l’un des barreaux qui isolent les voies de chemin de fer,
apparaît vivante et non figée dans une pose stéréotypée. Le traitement
allusif de son vêtement, les ombres bleutées qui le parcourent et l’animent,
confèrent une dynamique exceptionnelle que même les plus beaux tissus
savamment arrangés ont eu du mal à conférer à la multitude de portraits
d’enfants qui ont défilé sur les cimaises du Salon.
Sous-produit du portrait de représentation, ceux exposés dans les Salons, évoquant les traits de jeunes garçons ou de jeunes filles de la bonne société, ont été après 1850 victimes de stéréotypes incontournables. L’introduction progressive de peintres novateurs au sein de la, puis des manifestations artistiques fit évoluer les modes de représentation, mais le portrait d’enfant n’étant qu’un aspect mineur de leur création, il reste rare, souvent mal documenté et encore largement à découvrir.
Dominique Lobstein
Notes :
1.
Tant peinte que sculptée ou gravée, mais, puisque cette exposition est
consacrée à Carolus-Duran, peintre de portraits d'enfants, nous ne nous
intéresserons qu'aux peintures, évoquant cependant ponctuellement quelques
œuvres graphiques qui les côtoyaient dans les livrets des Salons.
2.
Mentions reproduites d’après la publication de J.-J. Guiffrey : Collection
des livrets des anciennes expositions depuis 1673 jusqu’en 1800. Tome I,
réimprimée par J. Laget, Nogent-le-Roi, 1990, pour lesquelles nous avons
actualisé l’orthographe.
3.
Ce qui renvoie à l’incontournable ouvrage de E. Badinter : L’Amour en plus. Histoire de l'amour maternel XVII-XXe siècles,
Paris, Flammarion, 1980.
4.
Dès le Salon suivant, celui de 1704, nous butons sur les portraits dont le
patronyme est précédé de l’indication « Mlle » ;
lorsque, plus tard, les illustrations se multiplieront, il faudra bien se
rendre à l’évidence que ces demoiselles n’étaient en fait plus des
enfants, mais bien plus souvent des jeunes femmes… lorsqu’elles n’étaient
pas déjà de bien mûres actrices. Que penser, de plus, quand on lit dans
le livret de 1704 : « Douze Tableaux de Mademoiselle Chéron,
à présent Mademoiselle Le Hay » ?
L’insistance sur le nom du modèle est fondamentale à notre
propos et doit justifier notre extrême pusillanimité. En effet, par
exemple en 1737, Jean-Baptiste Siméon Chardin présenta au Salon, un Jeune
homme s’amusant avec des cartes (Washington, National Gallery)
anonyme, puis, à celui de 1741 le Fils
de M. Le Noir, s’amusant à faire un château de cartes (Londres,
National Gallery), éternisant le visage attentif et concentré du fils
d’un de ses amis, le marchand de meubles et ébéniste Jean- Jacques Le
Noir. Ces deux portraits présentent une physionomie assez semblable. Aussi
nous faut-il conclure que de vrais portraits d’enfants ont certainement été
présents au Salon avant 1737, que rien ne nous permet de découvrir.
5.
Ce tableau représente le Dauphin Louis-Joseph-Xavier-François (1781-1789)
et sa sœur Marie-Thérèse-Charlotte de France (1778-1851), dite Madame
Royale.
6.
En fait, Alexandrine-Emilie Brongniart (1780- ?), fille de
l’architecte Alexandre-Théodore Brongniart (1739-1813).
7.
Il faut considérer comme un cas exceptionnel le tableau de François Gérard
(Paris, Musée du Louvre) présenté au Salon de 1796 sous le numéro 193,
intitulé Portrait d’Isabey, peintre,
qui le représente accompagné de sa fille, non mentionnée cependant dans
le titre, et de son chien.
8.
De multiples études thématiques, par exemple celles menées par
Marie-Claude Chaudonneret dans son ouvrage : L’Etat
et les artistes. De la Restauration à la monarchie de Juillet (1815-1833),
Paris, 1999, ou notre étude sur les représentations de Charles-Quint dans
les Salons du dix-neuvième siècle, à paraître dans le Bulletin
de la Société franco-japonaise d’art et d’archéologie de 2003 (cet
article est également publié sur ce site),
prouvent l’adaptabilité permanente des artistes aux souhaits à peine
formulés des gouvernants
9.
Un décompte de ces 73 portraits, d’après les indications portées au
livret révèle que nous sommes face à 32 portraits féminins, 21
masculins, 2 d’enfants, dus à Devouge (n° 99) et Villiers Huet (partie
du n° 191) et 18 toiles sur lesquelles figurent une ou plusieurs personnes
sans que les sexes soient indiqués.
10.
Cette recension ne tient pas non plus compte des 31 portraits d’hommes, 36
de femmes et 23 d’enfants sans précision de nom, et des 39 autres, sans
précisions de sexe.
11.
Et sans tenir compte de quelques bis qui
parsèment la numérotation continue du catalogue. Le dénombrement pour
1899, permet de repérer 293 portraits identifiés qui se répartissent en
145 masculins dont un avec enfant, et 148 féminins dont deux avec enfants,
une mère et une grand-mère. Il faut y ajouter 65 anonymes (pour lesquels
le sexe est indiqué 16 fois, laissant 48 individus et 1 famille sans précision).
12.
1899 fut une année désastreuse pour cette manifestation : obligée de
changer à nouveau de local d'exposition et de limiter le nombre d'œuvres
acceptées, elle n'affichait que 4 portraits d'homme, et 1 de demoiselle
avec au moins l'initiale du nom, et 5 portraits sans précision pour un
total de 203 numéros. D'obédience néo-impressionniste, et dominé par le
paysage, il n'est pas surprenant que le portrait y ait été si peu représenté.
13.
Sur les 1492 numéros du livret, 159 concernent des portraits identifiables
(69 d'hommes, 52 de femmes, 37 de demoiselles et 1 d'enfant), auxquels
s'ajoutent 58 anonymes (4 hommes, 7 femmes, 1 demoiselle, 5 enfants et 41
sans précision de sexe).
14.
Sur le rôle de Carolus-Duran durant sa présidence, voir le catalogue de
l'exposition : Roubaix, La Piscine-Musée d’Art et d’Industrie André
Diligent, 9 mars- 9 juin 2003, Des
amitiés modernes de Rodin à Matisse. Carolus-Duran et la Société
Nationale des Beaux-Arts (1890-1905).
15.
Je tiens à remercier Geneviève Lacambre qui m'a signalé cette
manifestation et m'en a prêté le catalogue.
16.
Pour plus de détails sur l’artiste et cette peinture, voir le catalogue
de l’exposition : Saint-Quentin, Musée Antoine Lécuyer, 18 février-24
juin 2002, Visages retrouvés.
Vingt-cinq tableaux des XIXe et XXe siècles sortis de la réserve du musée,
p. 26-27, et : Roubaix, La Piscine. Musée d’Art et d’Histoire André
Diligent, 9 mars-9 juin 2003, Des
amitiés modernes. De Rodin à Matisse. Carolus-Duran et la Société
nationale des beaux-arts 1890-1905, p. 106-107. Une approche similaire
pourrait s’appliquer aux jeunes mendiants des peintres Ferdinand Pelez ou
Pharaon de Winter.
17.
Impossible cependant d’être catégorique lorsque l’on voit à la page
10 du Catalogue illustré du salon de
la Société Nationale des Beaux-Arts de 1897, le Portrait
de Mlle Diane P… par Pascal Adolphe Dagnan-Bouveret, chef de file du
naturalisme.
18.
Une beaucoup plus grande variété existe dans les portraits d’adultes :
selon le prix, le personnage était en buste, à mi-corps ou en pied ;
selon son sexe, l’environnement était différent, si les dames trônaient
dans leur intérieur, les messieurs se trouvaient souvent entourés de ce
qui témoignait de leur rôle social, écrivain derrière un bureau au
milieu des livres, industriel dans son usine…
19.
Mais tout étant question d’argent, il existe aussi de nombreux exemples
en buste (P. Huas, Portrait d’enfant,
reproduit à la page 39 du Catalogue
illustré du Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1898) ou à mi-corps.
20.
Parmi les images que nous avons consultées, une seule représente un petit
garçon debout et ostensiblement nu, toile de F. Dvorak présentée au Salon
de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1897, sous le numéro 459, mais
le titre Mon petit modèle lui
confère l’anonymat et le droit d’apparaître sur les cimaises d’une
manifestation officielle.
21.
Cette mention est l’occasion de mettre en garde qui s’intéresse aux
portraits d’enfant : la physionomie de cette jeune fille paraît être
celle d’une jeune femme, tandis qu’il arrive, par exemple dans le
portrait de la Vicomtesse Othenin d’Haussonville,
née Louise-Albertine de Broglie, par Ingres (1845, New York, Frick
Collection), présenté lors du Salon qui accompagnait l’Exposition
Universelle parisienne de 1855, qu’on croit voir une adolescente là où
nous sommes face à une femme mariée, âgée de vingt-sept ans.
22.
Pour une présentation de ce portrait, voir : V. Pomarède, « Le Portrait
de Louise Vernet, fille de l’artiste, peint par Horace Vernet
(1789-1863) entré par dation au département des Peintures », La
Revue du Louvre et des musées de France, juin 1996, n° 3, p. 14-15.
23.
Bâtiment construit pour l’Exposition Universelle de 1855, qui survivra
jusqu’à celle de 1889, et qui fut régulièrement utilisé pour de
multiples manifestations, dont le Salon.
24.
H. Havard, « Le Salon de 1881 » [deuxième article], Le Siècle, 14 mai 1881.
25.
B.E. White, Renoir. His life, Art, and Letters, New York, 1984, p. 45.
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