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SUSTRIS, Lambert (Amsterdam, vers 1515-1520-Padoue ou Venise, après 1568)

Peintre d’origine hollandaise, actif en Italie

Biographie
Bibliographie commentée
Lambert Sustris sur Internet

Biographie :

   Portraitiste notable, fresquiste singulier, habile peintre de paysages comme de mythologies, Lambert Sustris demeure aussi original que méconnu. Oublié dès la fin du XVIème siècle, cet artiste secondaire n’a en effet ni le génie d’un Titien, ni la fougue d’un Tintoret ou l’éclat d’un Véronèse. Son talent n’est toutefois pas négligable, malgré la difficulté à cerner sa personnalité artistique. Et c’est bien là son principal attrait : Sustris est l’artiste d’origine hollandaise le plus vénétianisé du XVIème siècle, celui qui a su marier avec tact le luminisme de sa région d’adoption, les souvenirs de sa formation initiale et le maniérisme toscan ou émilien.

   Les rares sources sur l’artiste ne nous renseignent ni sur sa date ni sur son lieu de naissance. La critique actuelle estime qu’il naît vers 1515-1520 à Amsterdam. De même, on suppose qu’il fréquente, au début des années 1530, l’atelier de Jan van Scorel : ce dernier était parmi les artistes néerlandais les plus au fait des nouveautés de l’art italien, ayant notamment voyagé à Rome et Venise peu de temps avant l’entrée présumée de Sustris dans son atelier. De cette époque ont été conservées quelques Sainte Famille, trahissant l’ascendance de Scorel par leurs motifs antiques et leurs silhouettes monumentales fortement découpées.

   Sustris lui-même part ensuite en Italie, qu’il ne quittera presque plus. On le retrouve tout d’abord à Rome, au plus tard en 1536. Dans la ville éternelle, il laisse sa signature sur une voûte de la Domus Aurea à côté de celle de deux autres élèves de Scorel, Maerten van Heemskerck et Herman Posthumus. Les réalisations artistiques de Sustris à cette époque sont mal connues, à l’exception d’une hypothétique participation aux décors pour l’entrée de Charles Quint en avril 1536.

Lambert Sustris - Vénus - Amsterdam, Rijksmuseum
1. Lambert Sustris (vers 1515/1520- après 1568)
Vénus
Huile sur toile - 116 x 186 cm
Amsterdam, Rijksmuseum
© D.R.

   Dès la fin des années 1530, l’artiste quitte Rome pour la Vénétie. Installé à Venise jusqu’en 1540, il y réalise notamment un ensemble de xylographies pour l’ouvrage ésotérique Le Sorti intitolate Giardino di Pensieri, publié par Marcolini en octobre 1540. Ces estampes décrivent des personnifications, parfois placées dans des ruines ou des paysages, et leur plasticité comme leur jeu de drapés montrent combien Sustris a complètement assimilé la « manière » italienne, pour reprendre le mot de Vasari. Les artistes avec lesquels il a le plus de contacts sont le peintre d’origine toscane Giuseppe Porta, dit Salviati (avec lequel il travaille pour Le Sorti et collaborera à Padoue) et surtout Titien, dont il devient probablement un collaborateur. Le maître aimait en effet s’entourer d’artistes flamands pour intervenir dans ses paysages, et certains spécialistes ont suggéré que Lambert Sustris a réalisé le fond de montagnes et d’arbres de la Présentation de Marie au temple, grande toile de Titien peinte en 1534-1538 pour la Scuola Grande di Santa Maria della Carità (actuelle Accademia). D’autres historiens de l’art ont pu émettre l’hypothèse que la main de Sustris est intervenue pour l’arrière-plan de la célèbre Vénus d’Urbino des Offices : sa date d’exécution, 1538, correspond bien au moment où Sustris est présent dans l’atelier de Titien, et le néerlandais a été le premier à donner une variante à ce nu couché en intérieur dans une Vénus couchée (ill. 1), aujourd’hui au Rijksmuseum et de peu postérieure à l’œuvre titianesque.

   Migrant en Vénétie, Sustris s’établit à Padoue pendant presque dix ans (1540-1548), long séjour qui correspond à l’une des phases les plus fécondes de sa carrière. Les nombreux chantiers de la cité et ses alentours l’amènent à peindre de nombreuses fresques : des ouvertures en trompe-l’œil dans la salle octogonale de l’Odeo Cornaro en 1541-1542 ; et surtout, dans la campagne proche de la cité padouane, le décor des villas de Luvigliano (1542-1543) puis celle Bigolin à Selvazzano (1544-1545). Ces deux ensembles, encore conservés, sont particulièrement remarquables pour l’évolution du style de Sustris comme son apport à la peinture vénitienne : dans des architectures en trompe-l’œil, il place des personnages à l’antique, d’une vigueur nouvelle en Vénétie, et surtout des vastes paysages parsemés de ruines et de petits personnages dominés par le cadre naturel ; parfois des grotesques encadrant ces compositions rappelent la connaissance qu’avait Sustris de la culture raphaëlesque. Le genre du paysage est probablement celui où Lambert Sustris s’exprime le mieux, développant la veine poétique et grandiose déjà amorcée par l’école vénitienne dans les années 1500 : sa culture, à la fois nordique et romaniste, lui apporte des inflexions nouvelles appréciées des artistes comme des commanditaires contemporains. Ces décors comptent parmi les plus anciens conservés dans les villégiatures vénètes des Temps modernes, près de 20 ans avant les ensembles de Véronèse ou Zelotti dans les demeures palladiennes.

   Les tableaux de chevalet rattachés à cette période témoignent d’une adhésion marquée au maniérisme romain : la Montée au Calvaire de la Brera s’inspire de compositions raphaëlesques par l’animation et la cohérence du groupe de personnages, se détachant sur un panorama aussi archéologique que lyrique d’une facture plus personnelle. Dans le registre mythologique, Flore (ou Vénus) avec Amour dans un paysage de la Pinacoteca Egidio Martini partage avec les figures de Luvigliano le goût pour la grâce de l’attitude, tempérée par la force plastique des figures et les tons sourds du paysage ; une Vénus conservée à l’Ermitage reprend subtilement le thème cher à Titien, ici renouvelé par la présence de Mercure à l’arrière-plan et surtout l’ambiguité manifeste entre espaces intérieur et extérieur. Cet intéressant ensemble ne doit pas faire oublier que nous ne connaissons presque aucune commande publique de l’artiste : la seule encore conservée, mais ruinée, est une Pala se trouvant dans l’église padouane de Santa Maria in Vanzo. Son schéma de composition, où la Vierge trônant domine une assemblée de saints, dérive manifestement de la Pala Pesaro peinte par Titien pour l’église des Frari à Venise en 1519-1526.

   Titien que l’artiste retrouve en 1548, non pas à Venise mais à Augsbourg, en Bavière. À l’occasion de la Diète réunie par Charles Quint, Sustris collabore de nouveau avec le maître vénitien pour les nombreux portraits demandés par les dignitaires alors réunis. On soupçonne ainsi une éventuelle participation de notre peintre pour différentes œuvres de Titien, à savoir le Portrait de Nicolas Perrenot de Granvelle (Besançon, Musée des Beaux-Arts), conseiller de l’empereur, ainsi que pour les paysage présents dans les représentations impériales : Charles Quint assis aujourd’hui à l’Alte Pinakothek de Munich et le Charles Quint à cheval du Prado. Cette cohabitation heureuse du modèle et son environnement se retrouve dans les propres portraits de Sustris, peints à l’occasion de ce séjour entre janvier et octobre 1548, puis du second séjour à Augsbourg en 1551-1552 : sa représentation d’Erhard Vöhlin von Frickenhausen, datée de 1552 (Cologne, Wallraf-Richartz Museum), malgré sa maladresse perspective et sa trop grande fidélité au Charles Quint assis, se caractérise par une attention très calculée aux effets de matière et de couleur ainsi qu’une belle ouverture sur un paysage d’une lumière dorée.

Lambert Sustris - Noli me tangere - Lille, Musée des Beaux-Arts
2. Lambert Sustris (vers 1515/1520- après 1568)
Noli me tangere
Huile sur toile - 136 x 196 cm
Lille, Musée des Beaux-Arts
© D.R.

   En plus d’une importante activité de portraitiste, Sustris réalise à Augsbourg plusieurs compositions mythologiques et religieuses, pour la plupart commanditées par une puissante famille locale, les Fugger. Il est tout à fait intéressant de remarquer que ces tableaux sont aujourd’hui essentiellement conservés dans des musées français, suite à leur acquisition par Louis XIV. Parmi ces œuvres, datables entre 1548 et 1553, se distinguent un majestueux Noli me tangere (ill. 2 ; Lille, Musée des Beaux-Arts), tout en calme et magnificence où Sustris place la scène biblique devant un jardin vénète et donne à Marie-Madeleine les traits d’une voluptueuse patricienne de son temps ; ainsi qu’une Vénus, Amour et Mars (Paris, Musée du Louvre), chef-d’œuvre d’élégance formelle avec sa déesse de l’amour tout en courbes nerveuses, héritée de Parmesan et de Michel-Ange. Son art atteint là un point d’équilibre extraordinaire, à la croisée des caractéristiques maniéristes et de la venezianità la plus accomplie.

Lambert Sustris - Jupiter et Io - Saint-Petersbourg, Musée de l'Ermitage
3. Lambert Sustris (vers 1515/1520- après 1568)
Jupiter et Io
Huile sur toile - 205,5 x 275 cm
Saint-Petersbourg, Musée de l'Ermitage
© D.R.

   Après la période bavaroise de Sustris, les jalons chronologiques de la suite de sa carrière sont malaisés, voire impossibles à définir. De retour en Vénétie (à Padoue ou Venise), il est actif au moins jusqu’en 1568, date à laquelle Vasari le mentionne comme encore vivant dans sa seconde édition des Vite. Il est en tout cas probable qu’il meurt avant la fin du XVIème siècle. L’évolution stylistique de Sustris est encore plus problématique et même polémique. Les toiles rattachables aux années 1550-1560 se caractérisent par un expressionnisme poussé dans les anatomies et une nature prégnante, ainsi le Jupiter et Io de l’Ermitage (ill. 3). Caractéristiques qu’on retrouve dans le Saint Jérôme au désert de l’Ashmolean Museum d’Oxford, aussi très marqué par l’art de Tintoret. Les liens de ce dernier avec Sustris sont l’objet d’une controverse, quant à la dernière période de notre peintre : certains historiens de l’art ont fait du néerlandais un collaborateur du vénitien, notamment pour réaliser des portraits de dignitaires de la cité des Doges dans le dernier quart du XVIème siècle. Aucune des œuvres hypothétiquement rattachées à Sustris ne peuvent être pourtant datées ou attribuées avec certitude, tant leur style paraît différent des réalisations de Padoue ou d’Augsbourg. Mais il est vrai que l’étude de cet artiste reste encore largement à faire, et les découvertes comme les changements d’attribution ne sauraient être inopportuns dans les années à venir…

   Ainsi, l’art et la vie de Sustris restent difficiles à appréhender, à cause du manque de données précises sur cette personnalité complexe et inhabituelle. Lambert Sustris ne fut guère un simple épigone de Titien, malgré leurs rapports indiscutables. Si son maniérisme élégant et son animation nerveuse ont pu souvent le rapprocher de (et même le confondre avec) Schiavone, son passage par Amsterdam, Rome, Augsbourg ou Padoue lui donne une place à part dans le paysage artistiques vénitien, où il façonne un art unique car à la confluence des aspirations formelles de son temps. C’est donc un acteur, certes relatif mais attentif, des grands courants esthétiques qui façonnèrent l’Europe de la Renaissance.

Bibliographie commentée (par ordre chronologique) :

   À ce jour, aucune monographie exhaustive ou catalogue raisonné sur l’artiste n’est paru. Une exposition padouane devrait avoir lieu dans un futur proche, on l’espère.
   Nous n’avons pris en compte que les publications parues depuis le début du XXème siècle : les sources antérieures les plus utiles demeurent les Vite de Vasari (seconde édition, 1568) et les Maravaglie dell’Arte de Ridolfi (1648).

François Benoit, « Lambert d’Amsterdam (Lambert Zustris) », La Revue de l’Art Ancien et Moderne, XXIV, juillet-décembre 1908, p. 171-177.
Premier essai moderne sur l’artiste, extrêmement daté, mais qui attribue correctement certaines des œuvres des collections publiques française à Lambert Sustris, en le distinguant de son fils Friedrich.

R. Peltzer , « Lambert Sustris von Amsterdam », Jahrbuch der kunsthistorischen Sammlungen des allerhöchsten Kaiserhauses, XXXI, 1913, p. 221-246.
Malgré certaines erreurs d’attribution et de datation, l’auteur s’efforce de mettre en lumière les rapports de Sustris avec les Néerlandais romanistes, sa conception du paysage et son apport à la tradition picturale vénitienne.

G.-J. Hoogewerff , « Lambert Sustris, schilder van Amsterdam », Meededeelingen van het Nederlandsch Historisch Instituut te Rome, s.3, v.2, 1943, p. 97-117 [résumé en italien].
Autre étude en néerlandais, proposant un plus large corpus et centrée sur l’activité vénète de Sustris.

A. Peltzer, « Chi è il pittore « Alberto de Ollanda » », Arte Veneta, fascicoli 13-16, annata 1950, p. 118-122.
Partant d’une signature « Alberto » sur une Montée au Calvaire de la Brera de Milan, unanimement attribuée à Sustris, l’historien d’art établit la paternité de l’artiste pour quatre portraits tintoretesques, peints entre 1572 et 1591, car les documents d’archives nous apprennent que ces œuvres ont été peintes par un certain « Alberto d’Ollanda ». Une hypothèse permettant de concevoir une fin de carrière de Sustris tard dans le XVIème siècle, mais diversement suivie par les spécialistes par la suite.

Alessandro Ballarin, « Profilo di Lamberto d’Amsterdam (Lamberto Sustris) », Arte Veneta, XVI , 1962, p. 61-81.
Essai fondamental sur l’œuvre (tableaux de chevalet et dessins) de l’artiste depuis ses séjours à Augsbourg. L’auteur traite notamment des influences de Parme et de l’Italie centrale sur l’art de Sustris.

Alessandro Ballarin, « Lamberto d’Amsterdam (Lamberto Sustris) : le fonti e la critica », Atti dell’Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti, CXXI, 1962-63, p. 335-366, pl. I-IV.
Complément de l’article précédent, cette étude s’intéresse plus particulièrement aux sources anciennes concernant Lambert Sustris depuis le milieu du XVIème siècle, puis aux quelques publications antérieures à celle de Ballarin.

Alessandro Ballarin, « Una Villa interamente affrescata da Lamberto Sustris », Arte Veneta, XX, 1966, p. 244-249.
Signalisation d’un important décor de villa dans la campagne padouane, à Luvigliano, dont les fresques ont été (presque) intégralement peintes par Sustris..

Alessandro Ballarin, «  La Decorazione ad affresco della villa veneta nel quinto decennio del Cincquecento : la villa di Luvigliano », Bolletino del Centro internazionale di Studi di Architettura « Andrea Palladio », X, 1968, p. 115-126, fig. 91-104.
Suite à son premier article sur le sujet, Ballarin entreprend une étude plus poussée du décor de la villa épiscopale de Luvigliano : il insiste sur la place de l’ensemble dans le maniérisme vénète, et une possible influence des décors mantouans de Giulio Romano au Palazzo del Te, ainsi que le travail du paysage chez Sustris et ses résonnances romaines comme flamandes.

Luciana Crosato Larcher, « Un nuovo ‘Battesimo di Cristo’ di Lamberto Sustris », Arte Veneta, XXVII, 1974, p . 241-244.
La découverte d’une version supplémentaire du « Baptême du Christ » dans l’œuvre de Sustris est ici l’occasion de la mettre en rapport avec les autres traitements du thème alors connus pour l’artiste : plus particulièrement la construction du paysage et la caractéristique des figures.

Maurice Roy Fisher , Titian’s assistants during the later years, New York et Londres, Garland Publishing Inc., 1977 [ Harvard University, Cambridge, Massachusetts, sept. 1958].
Cette thèse américaine consacre tout un chapitre à Lambert Sustris (p. 115-135, pl. 111-128). Il y est surtout question de nouvelles attributions, parfois de tableaux jusqu’alors donnés à Titien, et des éventuelles collaborations de Sustris dans les œuvres du maître vénitien.

Tamara Fomiciova, « Nuove attribuzioni di quadro dell’Ermitage a Lambert Sustris », Arte Veneta, XXXII, 1978, p. 182-186.
Le musée conserve quelques tableaux intéressants de l’artiste, jusqu’ici peu étudiés voire mal attribués avant cet article.

Vincenzo Mancini, « Note sugli esordi di Lambert Sustris », in Per ricordo di Sonia Tiso. Scritti di storia dell’arte fiamminga e olandese, ouvr. coll., Ferrare, Rome, Università di Padova Dipartimento di storia delle arti visive e della musica, Gabriele Corbo Editore, 1987, p. 61-72, 74-77 fig. 1L-5L.
Les débuts italiens de Sustris, comprenant ses séjours romains et vénètes des années 1530, n’avaient guère été traités par la critique. Mancini s’intéresse ici à son œuvre gravée et l’influence des romanistes néerlandais comme des peintres toscans ou vénètes.

Inge Jackson Reist, « Olympia déjà vue », Gazette des beaux-arts, CXI, avril 1988, p. 265-267.
L’auteur émet l’hypothèse que Manet s’inspira, pour peindre sa célèbre Olympia, non pas de la Vénus d’Urbino de Titien comme on l’affirme habituellement, mais plutôt de sa variante par Lambert Sustris alors conservée à la Galerie Borghèse à Rome (et aujourd’hui au Rijksmuseum d’Amsterdam).

Vincenzo Mancini , « I Pellegrini e la loro villa a San Siro », Bollettino del Museo Civico di Padova, v. 80, 1991, p. 173-196.
Essai traitant d’une villa padouane détruite, mais où les sources attestaient un décor peint par l’artiste local Gualtiero, Schiavone et Lambert Sustris.

Bert W. Meijer , « Over van Scorel in Venetïe en het vroege werk van Lambert Sustris », Oud-Holland, 1992, CVI, n°1, p. 1-19 [résumé en anglais].
Meijer confirme que le premier maître de Sustris vers 1530 fut Jan van Scorel, par comparaison stylistique.

Bert W. Meijer , « Lambert Sustris in Padua: Fresco’s en tenkeningen », Oud-Holland, 1993, CVII, n°1, p. 3-16 [résumé en anglais].
Les peintures murales de l’artiste en Vénétie sont étudiées dans leur contexte stylistique, lié aux relations et influences de Sustris vis-à-vis d’artistes toscans ou locaux.

Vincenzo Mancini, Lambert sustris a Padova la villa bigolini a Selvazzano, Selvazzano Dentro, Comune de Selvazzano Dentro, Biblioteca pubblica comunale, centro culturale, 1993.
Synthèse la plus complète sur l’activité padouane de Lambert Sustris, s’attachant non seulement au décor d’une villa comme son titre l’indique, mais aussi à ses rapports avec les artistes et intellectuels locaux notamment.

Robert Echols , « Tintoretto, Christ at the Sea of Galilee and the Unknown Later Career of Lambert Sustris », Venezia Cinquecento, XII, 1996, p. 93-149.
Dans ce très long essai, l’auteur associe les thèses de Peltzer sur Alberto de Ollanda à la place problématique dans le corpus de Tintoret du Christ au Lac de Galilée de la National Gallery de Washington. Rejetant cette attribution largement acceptée, Echols donne le tableau à Sustris, alors envisagé comme un assistant de Tintoret dans les années 1570-1580 ; il revendique la paternité de Sustris pour d’autres œuvres tintoretesques, et même des éléments de certaines compositions de la Scuola Grande di San Rocco.

Venise 1999, Il Rinascimento a Venezia e la pittura del Nord ai tempi di Bellini, Dürer, Tiziano, Milan, Bompiani [existe aussi une édition anglaise : Renaissance Venice and the North Crosscurrents in the time of Dürer, Bellini and Titian, Londres, Thames and Hudson, 1999].
Cette brillante exposition traitait des rapports esthétiques entre les Flandres et Venise. Le catalogue accorde une certaine place à Lambert Sustris, avec de riches notices sur ses quatre tableaux présentés.

Nicole Dacos, « Lambert sustris e Jan van Scorel », Arte Veneta, n°56, 2000, p. 38-51.
Étude des premières œuvres conservées de l’artiste, lors ses débuts dans l’atelier néerlandais de Scorel, juste avant son séjour romain.

Vincenzo Mancini, « Aggiornamento su Lambert Sustris », Saggi et memorie di storia dell’arte, XXIV, Fondazione Giorgio Cini, Venise, 2000, p. 13-29.
Quelques oeuvres méconnues ou sur le marché de l’art viennent s’ajouter au corpus de Sustris, permettant aussi de nouvelles hypothèses sur sa carrière.

Bert W. Meijer, « À propos de quelques dessins de Lambert Sustris », in Francesco Salviati et la bella maniera, act. coll. (Rome et Paris, 1998) dir. C. MONBEIG, P. COSTAMAGNA et M. HOCHMANN, Paris, Collections de l’école française de Rome-284, École française de Rome, 2001, p. 645-665.
Cet acte de colloque est en fait une synthèse de l’œuvre graphique de Sustris, où Meijer insiste plus particulièrement sur sa « nature de caméléon ».

Irina Artemievia, « La “Sommersione del faraone” di Lambert Sustris », in Arte Veneta, LX, (2003), p. 145-152 .
Ce tableau inédit, inspiré par des compositions de Scorel et Titien, est envisagé par rapport au travail du paysage dans l’œuvre peint de Sustris.

Vincenzo Mancini, « Per Lambert Sustris disegnatore », Arte Veneta, LX, (2003), p. 152-155.
L’auteur étudie ici l’activité graphique de l’artiste lors de son séjour padouan.

Nicole Dacos, Roma quanta fuit ou l’invention du paysage de ruines, Somogy Éditions d’art, 2004 [seconde édition/ première édition : 2001], p. 33-41 (II trois peintres flamands dans la maison dorée de Néron), 107, 109-125 (VI à Venise et à Padoue, Lambert Sustris (et Stephan van Calcar) [existe aussi une édition italienne : Roma Quanta Fuit Tre pittori fiamminghi nella Domus Aurea, traduction de Maria Baiocchi, Saggi. Arti e lettere, Donzelli editore, Rome, 1995].
Cet ouvrage consacré aux années italiennes d’artistes néerlandais envisage les influences romaines récurrentes dans les dessins et les tableaux de Sustris, de Rome à Padoue.

Lambert Sustris sur Internet :

Une recherche Google (1er octobre 2006) donne 30 400 résultats. Mais cette manne de liens est trompeuse car la plupart des renvois sont assez anecdotiques : on trouve aussi bien des allusions dans des chroniques de La Tribune de l’Art ou d’Artelio, une biographie rapide sur la version germanophone de la Wikipedia que des sites commerciaux proposant des reproductions de tableaux de Sustris. Heureusement, les œuvres des collections publiques mises en ligne rattrapent cet intérêt relatif du web pour l’étude du peintre.

Amsterdam, Rijksmuseum
Vénus couchée, huile sur toile, 116 x 146 cm, vers 1538 : variante de la Vénus d’Urbino de Titien, réalisée peu de temps après son modèle
Nessus et Déjanire, huile sur panneau, 24 x 95 cm, vers 1550

Caen, Musée des Beaux-Arts
Le Baptême du Christ, huile sur toile, 129,4 x 236,1 cm, vers 1553 : porte les armoiries du commanditaire (en bas à droite : le pélican se sacrifiant pour ses petits, surmonté d’une devise latine), le cardinal Otto Truchsess von Waldburg, évêque d’Augsbourg

Cassel, Staatliche Kunstsammlungen
Cléopâtre mourant, huile sur toile, 126 x 110 cm, vers 1548-1553 (sur base Bildindex)

Chicago, The Art Institute
Allégorie (Sine Baccho et Cerere friget Venus ?), huile sur toile, 12,9 x 155,3 cm (l’image est la cinquième, en partant d’en haut à gauche, répertoriée comme « imitator of Titian »)

Cologne, Wallraf-Richartz Museum
Portrait d’Erhard Vöhlin von Frickenhausen, huile sur toile, 229 x 107, daté de 1552 (sur base Bildindex)

El Paso , Museum of Art
L’Éducation de Cupidon, huile sur toile, 181,6 x 116,9 cm, vers 1540 : longtemps donné à Titien, ce tableau mythologique s’inspire clairement d’une composition de Corrège (connue par trois versions, dont une à la National Gallery de Londres) sur le même sujet

Lille, Musée des Beaux-Arts
Judith, huile sur toile, 113 x 95cm, vers 1548-1553 (sur base photos RMN)
Noli me tangere, huile sur toile, 166 x 222 cm, vers 1548-1553 (sur base photos RMN)

Londres, National Gallery
Salomon et la reine de Saba, huile sur toile, 78,8 x 185,4 cm, vers 1550-1570

Milan, Pinacoteca di Brera
Montée au Calvaire, huile sur toile, 106 x 131 cm, vers 1540-1545 (il faut chercher Sustris dans le menu)

New York, The Metropolitan Museum of Art
Portrait d’homme, huile sur toile, 120,7 x 92,7 cm

Oxford , The Ashmolean Museum
Saint Jérôme au désert, huile sur toile, 95 x 112 cm

Paris, Musée du Louvre
Le Baptême de l’eunuque éthiopien par le diacre Philippe, huile sur toile, 71 x 132 cm, vers 1548-1550
Vénus, Amour et Mars, huile sur toile, 132 x 184 cm, vers 1550
Scène antiquisante, dessin
La Renommée, dessin

Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage
Jupiter et Io, huile sur toile, 205,5 x 275 cm, vers 1557-1563
Vénus, huile sur toile, 101,5 x 170,5 cm, vers 1545-1550