2009 « annus horribilis »


Frédéric Mitterrand et Christine Albanel
le jour de la transmission de pouvoir
(24 juin 2009)
Photo : Didier Rykner

L’année qui se termine fut bonne pour La Tribune de l’Art. Né en avril 2003, le site se porte bien et est devenu la revue consacrée à l’art la plus lue en France, avec une moyenne d’environ 6000 visiteurs par jour. Depuis quelques jours, La Tribune de l’Art est reconnue comme une entreprise de presse en ligne, nouveau statut qui reconnaît enfin que les sites d’informations sur Internet sont des journaux comme les autres, le support ne préjugeant pas de la qualité du contenu. La nouvelle version (qui sera encore améliorée dans les semaines à venir) vient couronner 2009 et augure bien de 2010.

On aimerait pouvoir dresser un bilan aussi positif de l’année écoulée pour les musées et le patrimoine. Hélas, on en est très loin. Rarement la situation aura été aussi préoccupante. Jamais, depuis au moins trente-cinq ans, un gouvernement n’avait porté tant de mauvais coups au patrimoine. Encore le vandalisme qui a sévi dans les années 60 et au début des années 70, en particulier sous le septennat raccourci de Georges Pompidou, n’était-il pas organisé comme il semble l’être aujourd’hui, par la destruction systématique de tous les garde-fous protégeant ce qu’on appelait, il n’y a pas si longtemps encore, l’exception culturelle.
Cette année a vu une attaque sans précédent contre le système français de protection du patrimoine, à la fois par la suppression de l’avis conforme des ABF dans les ZPPAUP [1] (qui augure d’ailleurs probablement de sa remise en cause plus générale) et par la décision de céder les monuments appartenant à l’Etat aux collectivités territoriales [2], sans aucune garantie que ceux-ci ne se retrouveront pas plus tard cédés à des opérateurs privés. Le ministère de la Culture vient en outre d’envisager très sérieusement l’installation d’hôtels de luxe dans certains de ces monuments. Transformer l’Hôtel de la Marine en un tel établissement est un projet d’ailleurs envisagé, au profit d’un entrepreneur conseillé par l’ancien ministre Renaud Donnedieu de Vabres, sous le prétexte fallacieux de créer une Villa Médicis à Paris [3] (sic).

Côté musées, le bilan n’est guère plus réjouissant. L’opération du Louvre Abou-Dhabi est largement engagée et le Louvre-Lens a vu sa première pierre posée il y a quelques jours [4]. D’ici peu, les collections du Louvre entameront une navette permanente entre la ville du Nord, l’Emirat et Paris, privant définitivement ce musée de sa cohérence construite depuis plus de deux siècles.
Le Centre Pompidou, en raison de la RGPP, verra ses moyens déjà insuffisants, comme l’ont dénoncé ses conservateurs dans une lettre ouverte, encore diminués en raison de l’application sans nuance du non remplacement d’un départ à la retraite sur deux dans une structure pénalisée par une pyramide des âges très défavorable.
De nombreux autres musées voient leurs moyens diminués de manière drastique, et cela ne s’améliorera pas dans les années à venir avec la suppression de la taxe professionnelle dont seule la compensation par l’Etat pour 2010 est prévue. L’article que nous avons consacré au Musée d’Auxerre sera hélas suivi de bien d’autres, tant la décentralisation laisse désormais ces établissements démunis face à certains maires pour lesquels les musées n’ont aucun intérêt ou qu’ils veulent utiliser selon leur bon vouloir.

La situation au ministère lui-même n’est pas meilleure, bien au contraire. La réorganisation en cours aura eu le seul mérite de voir le départ de Michel Clément, l’ancien directeur du patrimoine [5]. Les moyens d’action de l’administration centrale sont désormais bien limités, d’autant que les espoirs que l’on mettait en Frédéric Mitterrand n’ont pas duré six mois. Incapable de répondre aux questions un tant soit peu précises sur sa politique [6], acceptant tout, même l’inacceptable, il semble totalement dépassé par les événements. Manifestement, être un bon directeur de la Villa Médicis ne suffit pas à faire un bon ministre. Fragilisé par la polémique soulevée par un livre publié il y a plusieurs années et qui n’avait donné lieu alors qu’à des critiques favorables, le ministre semble tellement affaibli qu’il n’a plus aucune possibilité, ou aucune velléité, de s’opposer aux desseins du Premier Ministre, du Président de la République ou du ministre du Budget qui ne comprennent la culture qu’en termes comptables.

La grève menée par les musées, dont Beaubourg a pris la tête et qui s’oppose ouvertement à cette casse du ministère, semble hélas vouée à l’échec, même si les syndicats se déclarent toujours aussi combatifs. Que les musées soient bloqués un mois ou même un an ne peut pas vraiment préoccuper des gouvernants qui se moquent comme d’une guigne de ces établissements, considérés uniquement comme des sources de coûts, alors que le budget total de la Culture ne représente qu’à peine 1% de celui de l’Etat.

Le seul point positif de l’année écoulée est l’augmentation du budget consacré aux monuments historiques, qui a permis de relancer certains chantiers interrompus. Ce financement ne fait cependant que revenir au niveau minimum qui aurait toujours dû être le sien. Faible lueur dans un paysage dévasté.


Didier Rykner, mercredi 23 décembre 2009


Notes

[1] Voir notamment cet article

[2] Voir cet article

[3] Voir notamment cet article

[4] voir notamment cet article

[5] Voir le précédent éditorial

[6] Voir ici



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