1810, la politique de l’amour. Napoléon 1er et Marie-Louise à Compiègne Contenu abonnés


Compiègne, musée national du château du 27 mars au 19 juillet 2010.

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1. Adolphe Roehn (1780-1867)
Bivouac de Napoléon Ier sur le champ de bataille
de Wagram pendant la nuit du 5 au 6 juillet 1809

Huile sur toile - 182 x 222 cm
Versailles, Musée et domaine national du château
Photo : RMN
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L’école républicaine, qui cédait volontiers au sensationnel et au matriciel, a longtemps colporté le mot de Napoléon sur Marie-Louise : « J’épouse un ventre ». La formule n’est pas nécessairement apocryphe, elle est assurément réductrice. Le mariage d’un fils de la révolution et d’une princesse Habsbourg en 1810, étonnant scénario au regard de l’Ancien Régime, fut plus qu’une réponse efficace à la stérilité de Joséphine. Et l’exposition du château de Compiègne, lieu prédestiné à cette réévaluation dynastique, en apporte plus d’une preuve. Voilà un bicentenaire qui méritait d’être célébré tant le devoir de mémoire, concernant la nouvelle impératrice, a tardé à se réveiller.
Autrichienne en France, étrangère dans son pays, morte à Parme, où un musée lui est dédié toutefois, la fille de Joseph Ier reste l’exilée par excellence. « Marie-Louise est une des grandes oubliées de la recherche historique », nous a confié Hélène Meyer, qu’il faut féliciter de ses efforts, de ses trouvailles et des correctifs qu’elle apporte à la légende d’une princesse sacrifiée aux circonstances. Historique dans le bon sens du terme, la présente exposition rend également à l’œuvre d’art son rôle effectif, loin de l’horizon documentaire où s’enferment parfois les manifestations centrées sur l’événement. Entre autres choses, elle obligera dorénavant à apprécier d’un autre œil le Salon de 1810, souvent réduit au combat que s’y livrèrent Girodet et Guérin par tableaux interposés. Stendhal, pour ainsi dire, ne vit qu’eux. Or l’accrochage du Louvre, à la fin de cette année pivotale, reflétait de mille façons la situation matrimoniale et politique de l’Empire, alors à son zénith, malgré l’Espagne, les tensions germaniques et le travail de sape où l’Angleterre et le Tsar excellaient. Napoléon avait mis l’Europe absolutiste à genoux ou presque...

Un an plus tôt, le 11 mai 1809, le vainqueur d’Austerlitz, provoqué à nouveau par les Autrichiens, faisait canonner Vienne, avant de s’emparer de la ville et de vider le Belvédère de trois cents « bons » tableaux, dont un superbe dessin de Zix (ancienne collection Denon, évidemment) nous montre l’emballage immédiat. La campagne foudroyante et sanglante de la grande armée aura produit un chef-d’œuvre. Le Bivouac d’Adolphe Roehn, scène de genre greffée sur un nocturne digne du Raphaël du Vatican, est déjà gros de l’iconographie du chef de guerre proche de ses hommes (ill. 1). La gravure allait en populariser le message fraternel, de ceux qui remuent plus que les froids discours. La mort, en ces mois, est bien la compagne quotidienne de Napoléon. En octobre 1809, à Schönbrunn, après un attentat sur sa personne, il mesure comme jamais l’urgence de se donner un héritier. Il n’a que trop attendu la…

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