
Vestiges de l’Hôtel de Torpanne, XVIe siècle
Etat actuel
Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
Combien de fois avons-nous entendu, lorsque nous nous plaignons de l’état de dégradation d’un monument historique, du projet de destruction d’une église ou plus généralement de la faiblesse des moyens accordés aux musées et au patrimoine : « C’est triste certes, mais il n’y a plus d’argent. » ? Plus grave, cette antienne défaitiste est parfois prononcée par de vrais défenseurs du patrimoine, prêts à renoncer à leurs combats.
Disons-le haut et fort : c’est faux. Il n’est évidemment pas question de nier la crise économique. Mais gouverner, c’est choisir. L’argent existe, puisqu’on le dépense. Encore faut-il savoir où il va. La France vient de se voir accorder la coupe d’Europe de football en 2016. Son coût, qui s’étalera sur environ six ans ? 1,7 milliards d’euros1. A quoi servira cette somme ? Essentiellement à moderniser les stades servant aux équipes de football professionnel. A part cela, « il n’y a plus d’argent ». Peut-on imaginer, pour les musées et le patrimoine dont les budgets ne cessent de diminuer ce que représenterait, sur six ans, 1,7 milliard d’euros ?
On nous rétorquera que la coupe d’Europe aura des retombées favorables pour le bâtiment (il faudra bien construire ces stades) et sur l’activité économique. Est-ce si vrai, lorsque l’on voit que certains pays continuent à payer, plusieurs années après, l’organisation de compétitions sportives telles que les Jeux Olympiques ? Demandons leur avis aux Anglais qui se mordent les doigts d’avoir « gagné » les JO de 2012 (que la France voulait organiser) et qui sont en train de se ruiner pour les mettre en œuvre2. Comme si le patrimoine et les musées ne faisaient pas venir des touristes en permanence et non pendant la durée d’une coupe d’Europe ? Comme si les travaux de restauration des monuments historiques ou de rénovation des musées ne faisaient pas travailler au moins autant de personnes que la construction de stades ? Rappelons ce que nous avions déjà dit dans un autre article : deux études au moins montrent que ces investissements sont rentables. La première, qui date de 2003, a été réalisée par l’économiste Xavier Greffe pour le compte de la Direction de l’architecture et du patrimoine, l’autre en 2006 par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. La filière patrimoine représente près de 350.000 emplois directs et indirects, beaucoup plus si l’on ajoute les emplois du tourisme patrimonial, difficiles à chiffrer. Le second rapport estime à 1,275 milliards d’euros l’impact économique du tourisme patrimonial rien que pour la région PACA.
En France, il y a de l’argent. Mais le choix du gouvernement (et ce serait évidemment la même chose si l’opposition était au pouvoir), c’est le football. Le patrimoine peut s’écrouler, cela n’a aucune importance. Encore faudrait-il qu’ils aient le courage d’assumer leurs choix, et de ne pas répéter partout que les caisses sont vides.
